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Athlètes du Monde -
2, passage de Melun -
75019 Paris -
Last update 30-12-2008 -
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Le traumatisme de guerre chez l’enfant

La guerre, les enfants et le traitement du traumatisme
 


La Seconde Guerre mondiale, avec ses victimes aussi nombreuses parmi les civils que parmi les combattants, a amorcé un tournant dramatique. Aujourd’hui, dans la plupart des conflits, les civils représentent la majorité des victimes — et les enfants sont spécialement touchés. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), deux millions d’enfants ont été tués, six millions ont perdu leur foyer, douze millions ont été blessés ou mutilés au cours des dix dernières années et, actuellement, ils sont au moins 300 000 à participer aux hostilités dans le cadre d’une trentaine de conflits différents.
Ces enfants sont inévitablement traumatisés par les situations inédites et terrifiantes qu’ils sont amenés à rencontrer en étant au cœur même des conflits. Ce sont alors les plus vulnérables des êtres humains et les conséquences traumatiques sont lourdes et souvent laissées sans traitement.
Qui plus est, dans les situations de guerre ou de génocide, les professionnels de la santé mentale des pays concernés sont le plus souvent déstabilisés, fragilisés, débordés. D'où l'importance qu'existe un pool d'experts internationaux mobilisable par les grands organismes (UNICEF, UNHCR...) ou par les ONG. 

C’est justement dans cette optique qu’Athlètes du Monde a choisi d’orienter tout spécialement ses programmes sur le traitement des traumatismes liés à la guerre chez l’enfant. Mais il existe un risque que cette émergence d'un urgentisme psychiatrique spécialisé estompe trop les particularités de chaque culture. Il peut en résulter une diminution de l'efficacité des actions ou une difficulté des pays bénéficiaires pour se réapproprier l'expérience par la suite.

C’est pour cette raison qu’une telle action sur le terrain implique une approche non moins quantitative mais plus qualitative car une procédure standardisée destinée à un usage de masse exige l'excellence. L'excellence, en l'occurrence, c'est la meilleure prise en compte possible de la complexité des situations réelles. Voila pourquoi Athlètes du Monde envoie sur le terrain ses meilleurs spécialistes afin de permettre une optimisation de l’aide apportée.
 
I. Le traumatisme : définition

La notion de traumatisme est très récente. Au début du 20e siècle, on ne connaissait que les traumatismes physiques. On a évoqué le traumatisme psychique pour la première fois pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905). Les médecins militaires ont constaté des troubles du comportement chez les officiers russes, pourtant réputés solides, qu'ils ont expliqué par " le vent du boulet " : le boulet des canons, disaient-ils, était passé si près du cerveau que le souffle avait provoqué une commotion cérébrale importante à l'origine de leurs troubles.
Puis, pendant la guerre de 1914-1918, ceux qui avaient été traumatisés étaient méprisés et considérés comme des sous-hommes. Durant les guerres suivantes, on commence à évoquer des troubles psychiques. Mais c'est seulement à partir de la Shoah que l'on a commencé à penser le traumatisme.
Le traumatisme se définit comme la réunion des deux caractéristiques suivantes selon l’OMS :
1. la personne a vécu, a été témoin ou a été confrontée à un événement ou des événements qui impliquaient un risque de mort ou de blessure sérieuse ou une menace pour l'intégrité physique de soi-même ou d'un autre ;
2. la réponse de la personne était faite d'une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur. Note : chez l'enfant, cette réponse peut prendre la forme d'un comportement désorganisé ou agité.
Si ces deux conditions sont présentes, le traumatisme se répercutera chez la personne l’ayant subi suivant différentes formes.
 
   
II. Les manifestations du traumatisme chez l’enfant.
 
Source : Traumatisme de l’enfant victime de la guerre.
Auteur :Florence DA SILVA
« Il est à noter tout d’abord que tous les enfants ne réagissent pas de la même façon. Notamment, les réactions diffèrent selon l'âge, la situation familiale, la présence ou non de la famille au moment des événements, réactions de la famille, cohésion de la famille. Les réactions diffèrent aussi en fonction de la nature de l'événement traumatisant, avec ou sans violence humaine, avec ou sans violence directe subie par l'enfant. La manière dont la communauté (structures, cohésion...) a été affectée et les conditions matérielles de la famille aussi sont à prendre en compte.
Les manifestations du traumatisme chez l’enfant sont les suivantes :
- altération du sommeil : terreurs nocturnes, cauchemars, hallucinations sont les signes de réminiscence de la souffrance sous forme obsessionnelle et nuisent au travail de deuil;
- désordres alimentaires : refus des aliments, baisse de poids, dénutrition d'origine psychologique, anorexie (plus les lésions cérébrales dues à la malnutrition sévère);
- troubles psychosomatiques : désordres gastro-intestinaux, coliques, vomissements, diarrhées mais aussi migraines, maux d'estomac, chute des cheveux et allergies.
- désordres du développement : régression à des étapes antérieures, oubli du langage parlé (bégaiements), de la lecture et de l'écriture, énurésie (perte de contrôle du sphincter urinaire), encoprésie (problème du contrôle du sphincter anal), difficultés d'apprentissage, désorientation spatio-temporelle, difficultés à poser une frontière entre l'imaginaire et la réalité;
- altération et désordres de type affectif : inhibition, indifférence, tristesse, besoin pathologique d'affection, dépendance, irritabilité, agressivité, inquiétude, peurs intenses liées à des stimulations du milieu ambiant (exemple : sirènes, bruits de véhicules...), fermeture à la communication, manque de concentration, attitudes psychotiques, cas de schizophrénie et attitudes autistiformes;
- troubles du comportement chez l’adolescent liés au traumatisme : vols, bagarres, alcoolisme, prostitution, suicides. »
Pour plus de précisions sur le traumatisme. Article de Lionel BAILLY
(lien :http://www.enm.justice.fr/centre_de_ressources/dossiers_reflexions/oeuvre_justice2/4_traumatisme_enfant.htm)
 
  
III. Le soulagement du traumatisme par le sport.
 
Source : Surmonter les traumatismes à travers le sport
Auteurs: Robert Henley et Claire Colliard, extrait d’un document élaboré durant la conférence de Macolin en décembre 2005 en conclusion de l’année internationale du sport décrétée par l’ONU.
« L'idée principale, à la base des programmes sportifs pour les enfants et les jeunes dans un contexte d'urgence, est que leur participation a de telles activités contribue à rétablir leur niveau de santé psychologique.
 
L'accent majeur de toute intervention doit être mis sur le soutien du processus naturel de guérison en restaurant au plus vite la stabilité de la vie communautaire. De plus, comme ces interventions se construisent mieux au travers d'expériences faites au sein d'un contexte communautaire, où la plupart des membres bénéficieront d'un soutien collectif, le sport est un outil extrêmement intéressant.Se concentrer sur l'individu dans le contexte d'une victimisation de masse sera au mieux inefficace, au pire un gaspillage de ressources, matérielles et humaines.
 
Avec des activités visant à résoudre le stress et les traumatismes, autant pour l'individu que pour sa communauté, l'intervention psychosociale est douce et non intrusive. De la même façon, les activités ludiques et sportives peuvent aider les jeunes de manière non verbale, afin qu'ils expriment et résolvent les multiples problèmes auxquels ils doivent faire face, en leur offrant des solutions moins agressives, alors qu'ils n'ont peut-être pas les capacités émotionnelles et intellectuelles de le faire. Par ailleurs, comme les jeunes manifestent principalement leurs problèmes au travers de leurs comportements sociaux dans le contexte des désastres, le sport peut s'avérer être un terrain neutre et sûr pour atteindre une certaine stabilité.
 
Le sport et le jeu représentent donc un moyen prometteur d'aider les enfants en toute sécurité. Bien sûr et c’est ce qu’Athlètes du Monde a bien compris comme le prouvent nos actions de terrain, le défi est ici que les coaches ne fassent pas l'erreur de croire qu'il suffit, dans ce genre d'intervention, de jeter un ballon sur un terrain et de laisser les enfants jouer de manière spontanée. Comme l'expérience en a été faite à Bam (Iran), après le  tremblement de terre de décembre 2003, dans un programme d'activités ludiques et sportives: le coordinateur du projet inaugura un terrain en donnant du pied dans le ballon, et il eut la surprise de voir que les enfants restaient là sans bouger, en état de sidération. Les enfants étaient tellement traumatisés par le tremblement de terre, qu'ils avaient oublié comment on jouait. En réalité, ceci est fréquent durant les premiers mois après un choc traumatique.
 
Cette expérience a donc montré qu'il ne suffit pas pour les coaches et les maîtres de sport d'enseigner une règle du jeu. Il est en effet indispensable qu'ils aient un minimum de connaissances des émotions post-traumatiques, de la communication interpersonnelle, ainsi que du développement du "fair-play" et d'une éthique de groupe. Il ne s'agit pas ici de compétition, de gagner ou de perdre, mais d'aider les enfants à restaurer leur fonctionnement émotionnel et social, ainsi qu'une certaine normalité.
 
Il est connu que les enfants, en particulier les adolescents, ont besoin de modèles. Quand ils sont initiés de manière intelligente et sensible aux activités sportives, ils ont ainsi une occasion de se confronter à des membres plus anciens de leur communauté, leur offrant ainsi des relations structurantes. Celles-ci permettent de développer leur sens de la communauté, le sentiment de leur propre valeur et la capacité de communiquer plus efficacement avec les leurs. Le résultat est que le jeune devient plus calme, plus stable et plus fort.
 
Ces effets positifs vont se répercuter sur les familles de la communauté, qui constatent alors qu'ils ont plus de temps pour d'autres activités et pour s'occuper de la reconstruction de leur vie après la catastrophe, et que leurs enfants ont moins de problèmes de comportement. Donc en fin de compte, moins de stress et plus de temps
 
 
 IV. L’état de la recherche psychosociale dans les programmes de sport au service de l’action humanitaire.
Voici l’état de la recherche dans le domaine du traitement des traumatismes psychologiques par le sport dans des conditions de réelle urgence humanitaire. C’est justement en raison de cet état des lieux qu’Athlètes du Monde prône la pratique de l’action recherche qui met directement en lien le travail sur le terrain et la recherche en psychologie sociale.
En effet, la recherche psychosociale dans le domaine du sport a été jusqu'à maintenant assez limitée, manquant d'une approche systématique. Et parce que le travail psychosocial dans le contexte d'urgence est développé dans des situations instables, il existe de multiples défis à long terme auxquels les programmes de recherche appliquée sur le terrain doivent faire face.
 
Quelques exemples de recherches récentes :
La première étude (Colliar, 2005) a examiné l'efficacité d'un programme ludique et sportif créé pour soulager le traumatisme des enfants à Bam, en Iran, après le tremblement de terre récent.
Cette étude est déjà en soi éloquente, car elle a permis un pas en avant dans la recherche de l'efficacité des activités récréatives d'un programme créé en Iran par l'ONG suisse, la fondation Terre des hommes, avec une méthodologie quantitative quasi expérimentale. Toutefois, les limitations de cette recherche étaient dues au fait que cette étude a été initiée dix mois après que de nombreux centres récréatifs aient été construits, sans possibilité de comparaison avec un groupe de contrôle. Pour contourner l'obstacle, le groupe de contrôle fut constitué par les enfants des centres les plus récents et comparé avec un groupe d'enfants des centres les plus anciens, ce qui a permis d'évaluer les enfants "traités" et les "non traités". On ne peut affirmer avec certitude que les différences entre les deux groupes étaient comparables, ou qu'il n'y avait pas d'autres variables pouvant affecter les résultats de l'enquête. Malgré tout, cette étude a été importante dans sa tentative d'évaluer les effets du programme sur la diminution potentielle des symptômes traumatiques des enfants. Les résultats constatés ont montré que ces effets furent en effet positifs. L'étude inclut également une évaluation qualitative des effets du programme, au travers d'interviews des animateurs des centres et des parents des enfants, qui décrivaient tous une évolution positive de ceux-ci. (lien : http://www.humanitarianpsy.org/pages/default_en.asp

Une autre recherche de terrain a été mise sur pied autour du drame de Beslan en Ossétie du Nord (Vetter & Endrass, 2005), avec le soutien de la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC).
Ce projet a été créé pour les enfants de la région après l'attaque terroriste d'une école à Beslan en septembre 2004, où il y eut beaucoup de victimes, dont la moitié des enfants. L'objectif est d'examiner les bénéfices de l'établissement d'un centre sportif. Cette étude n'est pas encore terminée, mais d'ores et déjà il est évident que ce programme sportif procure aux enfants d'importants moyens de résoudre les problèmes émotionnels issus de cet évènement traumatique. Les défis posés par cette recherche sont toutefois nombreux, tel que la difficulté de travailler dans une région instable, de trouver un chercheur local avec lequel engager l'enquête, et d'utiliser des questionnaires valides dans le cadre de cette culture caucasienne. Cependant, malgré le fait que le travail est encore en cours, certaines données, encore non confirmées, suggèrent que les différents groupes d'activités sportives aident réellement les enfants à résoudre leurs traumatismes psychologiques.  (lien :http://www.swissinfo.org/sen/swissinfo.html?siteSect=105&sid=6047265&cKey=1125389394000)